Pour relever les défis du XXIème siècle, nous avons besoin de nous remettre en mouvement, d’oser « renverser la table », de sortir de la guerre de positions pour participer à une stratégie de mouvement.
Pour ce faire, il y a urgence de clarifier notre manière de penser et de connaître, de revenir sur notre théorie de la connaissance et d’appréhension de toute chose et de tout phénomène, en sortant des formes de binarisme qui nous paralysent.
Nous souffrons d’une grave maladie congénitale et chronique, le binarisme aigu : congénitale, tenant à notre socialisation intellectuelle de longue période ; aigu, car cela paralyse nos capacités cognitives.
Dans un nombre croissant de situations et d’échanges, nous sommes confrontés à des injonctions de prendre parti « pour » OU « contre », des demandes de nous situer en accord OU en opposition, d’évaluer en bien OU en mal, en positif OU en négatif.
Nous vivons dans des contextes marqués par la domination du binarisme, par des oppositions ou contradictions qui impliquent de faire des choix, au point d’être de plus en plus « formatés », sans même nous en apercevoir. Le développement exponentiel du numérique – fondé par essence sur des 0 OU 1 – structure nos pensées, notre subconscient et jusqu’à nos modes de vie. Il est à la racine des logiques structurantes des « réseaux sociaux ».
Ainsi, au lieu de prendre en compte la richesse et la complexité présentes dans toute chose, les tensions, oppositions, paradoxes et contradictions qui la traversent et la caractérisent, on a le plus souvent pris l’habitude de la qualifier de manière unilatérale par l’aspect qui peut apparaître dominant ou moteur. On met alors l’accent sur l’opposition qui traverse chaque réalité (public/privé, Etat/citoyen, …) et sur les antagonismes irréductibles sous-jacents, au lieu d’analyser finement les manières dont chaque phénomène vit, se concrétise, se transforme au fil des tensions et des rapports de forces.
Nous sommes dès lors incapables de penser la complexité des humains, des choses et des phénomènes, de construire des alternatives.
Sur la base de cinq décennies d’actions et de réflexions, cinq référentiels et paradigmes apparaissent être les clés de la connaissance :
– la dialectique comme opposition et unité des contraires ;
– les rapports indissolubles entre unité et diversité ;
– la nécessité de toujours se resituer dans le temp, l’espace, les connaissances, le temps long ;
– le double caractère de toute crise, à la fois menace et opportunité ;
– la supériorité de l’intelligence collective.
